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Au début des années 1990, un groupe de comédiens allumés s’associe pour fonder le collectif Les Éternels Pigistes. Du nombre : Christian Bégin, Marie Charlebois, Pier Paquette et Isabelle Vincent, que l’on retrouve (enfin !) réunis sur scène grâce à la splendide pièce Flambant nue, signée par leur complice de toujours, Pierre‑Michel Tremblay. Le prélude gravite autour d’une question toute simple: «Quelle est notre place dans l’univers ?»
écrit par Yann Fortier
À juste titre, la comédienne Isabelle Vincent qualifie ce texte de «fine dentelle, tissant avec humour et profondeur une série de tableaux qui reflètent nos différentes identités, en résonance avec les réalités et les enjeux de notre époque.»
En résulte un spectacle touchant, drôle et captivant, dans lequel le public constate à quel point l’énergie de la troupe est aussi puissante qu’il y a 30 ans. Christian Bégin abonde: «Malgré le fait que la vie passe, une communauté de valeurs personnelles et sociales demeure entre nous. Et surtout, notre plaisir reste intact, et même, démultiplié par le temps!» Pour lui, la force de Flambant nue réside donc dans cette cohabitation du comique et du tragique, du sublime et du grotesque. «Le texte de Pierre‑Michel est en total écho avec notre désir de faire un théâtre populaire», note-t-il.
De la scène, le quatuor s’adresse parfois directement au public. «Chaque tableau expose une parcelle de crise existentielle, raconte Isabelle Vincent. Par exemple, mon personnage est angoissé par la polarisation des discours, ce qui nous amène à déployer deux sketchs autour de groupes extrémistes de gauche et de droite. On réalise qu’ils reprennent les mêmes codes, ce qui met en lumière, de manière absurde, notre incapacité à écouter d’autres points de vue.»
Pour la comédienne, les questionnements et les vertiges existentiels ne peuvent se résoudre qu’en collectivité. «L’urgence de partager cette parole nous semble plus évidente que jamais.» À ce chapitre, si la pièce nous transporte entre éclats de rire et réflexions, la remarquable mise en scène de Cédrik Lapratte-Roy, d’ailleurs né dans la même décennie que Les Éternels Pigistes, évoque notamment l’univers d’Asteroid City du réalisateur Wes Anderson.
«C’est un plaisir de retrouver des gens que je connais et que j’aime depuis longtemps. Et surtout, de le faire dans le contexte d’une comédie qui interpelle les spectateurs, appelés à vivre une expérience qui devient presque un moment de résistance.»
— Isabelle Vincent
Élogieux, Christian Bégin parle d’une «rencontre fulgurante et déterminante», tout en soulignant une réelle parenté d’esprit qui aplanit le fossé générationnel. «Cédrik, c’est de la pure joie, et un talent à suivre, qui rompt avec l’idée du metteur en scène omniscient. Cette collaboration avec lui et son équipe c’est une véritable bénédiction!», se réjouit l’homme aux mille talents.
Et les réactions du public? «Elles sont enthousiastes et enlevées!», dit-il. «Les spectateurs en ressortent avec l’impression d’avoir connecté à une humanité commune. À mon sens, le théâtre demeure un lieu essentiel pour vivre une expérience et partager une même réalité. Le théâtre doit parler aux gens, être accessible, et aussi parfois, être exigeant. Et c’est parfait comme ça!»
Sa collègue Isabelle Vincent renchérit: «C’est fou à quel point la scène devient l’un des derniers repaires pour des gens qui acceptent d’être ensemble, pour réfléchir ensemble, dans la joie. Nous sommes dans un monde où tout semble nous pousser vers l’isolement, l’enrichissement et la division. Or, vivre une expérience théâtrale, c’est déjà un acte contraire à cette logique!»
Sentiment renforcé avec Flambant nue, une comédie qui fait du bien à l’esprit, au coeur et à l’âme. «On est très heureux d’aller à la rencontre du public du Théâtre Hector-Charland, reconnu pour sa curiosité et sa réceptivité. C’est très précieux», confie en concluant Isabelle Vincent.
05
mai 26Théâtre Hector-Charland