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On parle souvent des bénéfices du don, mais rarement de son impact dans la vie des donateurs. Comptable, chroniqueur et enseignant, Paul-Antoine Jetté est aussi philosophe à ses heures. Première réflexion? On pense à tort qu’il faut être riche pour donner. Discutons-en.
écrit par Yann Fortier
photo par Émilie Lapointe
Utilisez-vous votre pouvoir discrétionnaire ?
En finances personnelles, le revenu discrétionnaire est ce qu’il reste dans vos poches, une fois les dépenses courantes réglées. Cet espace financier nous permet de faire des choix. Certains font le choix d’acheter un café chaque matin. D’autres s’abonnent à des services en ligne ou partent en voyage. Ça représente un montant, mais avant tout, un choix, généralement éphémère.
D’où l’importance, selon Paul-Antoine, de donner du pouvoir à nos dollars. Pour Paul-Antoine, le choix d’allouer notre revenu discrétionnaire donne le pouvoir de nous faire passer du mode « Je consomme, donc je suis » à « Je donne, donc je suis ». Il souligne aussi combien le don a le potentiel de s’inscrire de manière durable sur le fil de notre histoire.
C’est ainsi que le comptable voit le don comme un geste rentable sur le plan psychologique. De spectateur passif, on devient acteur de changement, ce qui nous aide à contrer le cynisme et l’indifférence.
«Si on n’a pas le pouvoir de tout changer avec de l’argent, on a la liberté de choisir ce qu’on encourage.» - Paul-Antoine Jetté
Emprunter la troisième voie
Le professeur au Cégep de Lanaudière rappelle que les personnes qui épargnent pour la retraite souhaitent à la fois la sécurité financière et combler l’envie, fort légitime, de se faire plaisir. Or, si notre relation avec l’argent est seulement tournée vers nous-mêmes, on peut tomber dans des pièges, comme l’accumulation anxieuse ou la surconsommation.
Mais on peut contourner les pièges avec une troisième voie : tourner l’usage de son argent vers les autres.
Est-ce à dire que donner améliore notre propre relation avec l’argent? Paul-Antoine est catégorique : «Donner, même quand on n’est pas millionnaire, c’est payant.» Payant au sens humain, bien sûr, mais aussi dans les faits : le régime fiscal québécois reconnaît la valeur sociale du don et en partage le coût avec les autres citoyens. Un geste réfléchi peut ainsi avoir un impact plus grand que le montant réellement déboursé. Parce qu’au-delà de notre niveau de richesse, de notre rôle de travailleur, d’épargnant ou de consommateur, on touche à notre rapport à l’argent.
Et il ajoute qu’en matière de don, la valeur d’une personne ne s’évalue pas à la valeur du montant donné, mais plutôt par la valeur du geste initial.
Et qu’en est-il de nos salles de spectacle préférées? Quand vous fréquentez un lieu soutenu par des dons, vous voyez et vous vivez, sur scène comme dans la salle, l’effet direct et puissant de votre générosité sur l’être humain. On en ressort touché, avec un réel sentiment de fierté et surtout, l’impression d’avoir participé, même modestement, à quelque chose de plus grand que nous.
«Contrairement à toutes les petites et grosses dépenses, qui finissent par s’effacer de nos souvenirs, le don forge une partie de notre identité.» - Paul-Antoine Jetté